Beaver Creek 2015 : le guide complet des prétendants aux titres mondiaux
Les Championnats du monde de ski alpin 2015 s'apprêtent à livrer leur lot de batailles épiques sur les pentes coloradaines de Beaver Creek. Avant que le starter n'actionne le portillon, la rédaction de Mondiaux Piste France 2015 a scruté les bilans de la saison, les états de forme et les profils psychologiques des principaux acteurs pour dresser un panorama exhaustif des favoris — et des trouble-fête potentiels.
Slalom : le règne de Hirscher, mais jusqu'à quand ?
Difficile de parler de slalom sans évoquer immédiatement Marcel Hirscher. L'Autrichien, quintuple vainqueur du classement général de la Coupe du monde, aborde ces Mondiaux dans une forme resplendissante. Sa lecture des tracés, sa précision dans le placement des carres et sa capacité à maintenir une vitesse de glisse maximale entre les portes en font le favori logique et incontestable de la discipline.
Pourtant, Hirscher sait mieux que quiconque que la victoire en grand championnat ne se décrète pas. Henrik Kristoffersen, le jeune Norvégien de vingt ans, a montré cette saison une agressivité technique qui dérange les meilleurs. Capable de prendre des risques là où d'autres tempèrent, il représente la principale menace pour le trône autrichien. Côté français, Jean-Baptiste Grange, fort de son titre mondial de 2009, nourrit l'ambition de retrouver les sommets après plusieurs saisons perturbées par les blessures. Sa renaissance récente sur le circuit donne des raisons d'espérer.
Slalom géant : la bataille des polyvalents
Le géant est peut-être la discipline la plus ouverte de ces Mondiaux. Si Hirscher y figure également parmi les candidats sérieux, la concurrence s'y révèle plus dense et les écarts entre les favoris, plus ténus.
Ted Ligety, le maître américain du géant, évolue sur ses terres. L'avantage psychologique d'un champion qui court devant son public ne doit jamais être sous-estimé. Mais l'Américain, légèrement en retrait cette saison par rapport à ses standards habituels, devra prouver qu'il a su corriger ses quelques imprécisions techniques observées en début d'hiver. Le Français Alexis Pinturault, lui, incarne à merveille la nouvelle génération tricolore. Polyvalent, explosif, et doté d'une maturité compétitive croissante, il est l'un des rares capables de déstabiliser les ténors sur une seule manche décisive.
Parmi les outsiders, l'Italien Manfred Mölgg mérite une attention particulière. Discret, régulier, il a la fâcheuse habitude pour ses adversaires de surgir dans les grands rendez-vous.
Descente : la vitesse comme terrain de tous les dangers
La descente de Beaver Creek sur le célèbre tracé « Birds of Prey » promet un spectacle saisissant. Long, technique et physiquement exigeant, ce parcours convient parfaitement aux skieurs complets, capables d'associer courage et intelligence de course.
Aksel Lund Svindal, le Norvégien aux allures de géant nordique, reste la référence absolue sur cette piste qu'il connaît comme sa poche. Sa victoire en Coupe du monde sur ce même tracé en début de saison a confirmé que son physique imposant et sa science de la trajectoire en font le favori numéro un. Derrière lui, l'Américain Travis Ganong monte en puissance et rêve d'exploiter le soutien du public local.
Du côté des Alpes françaises, Johan Clarey et Adrien Théaux représentent les espoirs tricolores avec sérieux. Théaux notamment, après plusieurs podiums en Coupe du monde cette saison, se présente avec une confiance intacte et la conviction qu'un titre mondial n'est pas hors de portée.
Super-G : la discipline des audacieux
Le super-G, hybride entre la vitesse pure et la technicité du géant, est par essence la discipline des surprises. La marge d'erreur y est infime et une légère hésitation peut coûter plusieurs dixièmes de seconde précieux.
Kjetil Jansrud, lauréat du petit globe de cristal en super-G cette saison, s'impose comme le grand favori. Sa lecture instinctive du terrain et son engagement total dans chaque virage font de lui un concurrent redoutable. Mais l'expérience des Mondiaux enseigne que les certitudes s'effacent souvent devant l'inattendu.
Les outsiders capables de créer l'exploit ? Matthias Mayer, champion olympique de descente à Sotchi, possède le profil pour surgir. Et nul ne devrait oublier Bode Miller, le vétéran américain. À trente-sept ans, il court peut-être ses derniers Mondiaux et pourrait transformer cet adieu en apothéose devant ses fans.
Chez les dames : Shiffrin et Vonn, deux reines pour un trône
La compétition féminine sera dominée par le duel entre deux Américaines aux caractères diamétralement opposés. Mikaela Shiffrin, vingt ans, incarne la perfection technique dans les épreuves de portes serrées. Son slalom est d'une précision chirurgicale, et son titre olympique de Sotchi n'était pas un accident de parcours.
Face à elle, Lindsey Vonn, revenue d'une grave blessure au genou, a retrouvé des sensations encourageantes en descente et en super-G. Sa combativité légendaire et sa connaissance intime des pistes de Beaver Creek — où elle a accumulé les victoires par le passé — en font une adversaire de premier plan sur les épreuves de vitesse.
Pour la France, Tessa Worley en géant et Nastasia Noens en slalom auront à cœur de figurer dans le top cinq, voire de créer la surprise sur un tracé qui pourrait leur sourire.
Conclusion : l'imprévisibilité, âme des Mondiaux
Si les favoris se dessinent avec une certaine clarté sur le papier, l'histoire des Championnats du monde nous a appris que les pistes ne respectent pas toujours les hiérarchies établies. Un changement de météo, une légère variation de la neige, un concurrent qui décide de tout risquer sur une seule manche : voilà ce qui fait la magie des grands championnats. À Beaver Creek, comme toujours, les certitudes sont faites pour être renversées.